La place de la Vieille-Ville à Prague : découvrez son histoire insolite

Au cours d’un séjour à Prague, on y passe obligatoirement. 1,2 voire 3 ou 4 fois. La place de la Vieille-Ville (Staroměstské náměstí selon l’appelation officielle depuis 1895) est immanquable ! Elle est toujours au programme et c’est bien normal ! Sa position très centrale au coeur de la Vieille Ville (on peut d’ailleurs chercher son hôtel à proximité, voici une liste exhaustive des hôtels de la Vieille Ville), son horloge astronomique exceptionnelle qui suscite un attroupement à chaque changement d’heure, la beauté et la diversité des façades qui l’entourent…

En fin d’article, après vous avoir raconté l’histoire de la place de la Vieille-Ville de Prague, je vous indique deux petites choses insolites que peu de touristes remarquent et pourtant fondamentales !

Tout est réuni pour faire de la place de la Vieille-Ville le témoin de l’histoire de Prague et un passage incontournable. Elle est d’ailleurs située sur l’itinéraire de la fameuse voie royale qui, de la tour Poudrière à la cathédrale Saint-Guy du Château, conduisait la procession du couronnement des rois de Bohême à partir du début du 14ème siècle. Forte de 9.000 m2, elle est le lieu (avec la fameuse place Venceslas) de tous les rassemblements et d’évènements majeurs. Longtemps ouverte à la circulation, la place est devenue piétonne en 1979 et aujourd’hui très peu de voitures s’engagent dans la Vieille Ville. Le long de l’allée d’arbres derrière l’hôtel de Ville (à la place de l’aile est du bâtiment de style néo-gothique et jamais reconstruite suite à l’Insurrection de Prague, le 8 mai 1945), on ne trouve désormais que des attelages de chevaux pour touristes (carrioles que la mairie voudrait voir disparaître par respect pour les bêtes).

Où se trouve la place de la Vieille-Ville ?

La place de la Vieille-Ville est située au coeur de Prague. Avec ses façades colorées aux tons pastel, elle ravit les touristes. C’est là que se tiennent le plus important des fameux marchés de Noël de Prague dont la réputation est devenue mondiale (s’y tient aussi un marché de Pâques). C’est la plus ancienne place de la ville bien sûr. La place s’est formée au 10ème siècle à partir d’un petit marché où on vendait gibier, fruits des bois ou pain d’épices et qui voisinait avec une douane (Ungelt). Cette douane (aujourd’hui c’est un restau qui porte le nom d’Ungelt) se trouvait juste à côté, dans la jolie cour marchande du Týn (Týnský dvůr) où je vous conseille de vous balader ! Vous y trouverez le joli palais Granovský (Renaissance) avec ses arcades et ses splendides fresques et sgraffites représentant des scènes de la Bible et de la mythologie grecque, mais aussi la boutique Botanicus et ses jolis souvenirs naturels !

L’hôtel de ville et la célèbre horloge astronomique de la place de la Vieille-Ville

La place de la Vieille-Ville, c’est bien sûr la célèbre horloge astronomique de 1410 à laquelle j’ai consacré un article. Elle est située sur l’hôtel de ville de la Vieille-Ville (14ème siècle) dont la tour médiévale se visite. Haut de près de 70 mètres, le beffroi offre une très jolie vue de sa galerie panoramique. La visite de l’hôtel de ville comprend les anciennes salles, la tour et les souterrains : infos ici.

L’architecture incroyable et variée de la place de la Vieille-Ville

Les bâtiments tout autour de la place de la Vieille-Ville sont de styles variés. Vous avez du gothique tout d’abord avec l’église Notre-Dame du Týn (selon la légende, une des fenêtres de l’écrivain Kafka donnait directement sur son autel). Souvent appelée la « cathédrale », c’est la plus importante église de la Vieille Ville (construction au 14ème siècle sous Charles IV). Ses deux tours en imposent et l’église fut celle des réformateurs hussites jusqu’en 1621. La niche dans laquelle se dresse aujourd’hui une statue de la Vierge Marie abritait au départ un immense calice, symbole du mouvement hussite. Et puis, vous avez du baroque également avec l’église Saint-Nicolas (superbe lustre de 1860).

Ce que je préfère place de la Vieille-Ville ce sont les deux façades qui se jouxtent à gauche de Notre-Dame du Týn : la façade baroque rococo rose du palais Kinský (1765) avec ses stucs et ses statues (abîmées en 1945, les statues sont des copies depuis 1956) et, à sa droite, la façade gothique de la Maison à la cloche de pierre (lieu d’exposition de la Galerie de la ville de Prague) avec ses superbes fenêtres à croisée et sa cloche de pierre à l’angle droit. Tout Prague est résumé dans ce mélange harmonieux !

Le palais Kinský et les maisons de place de la Vieille-Ville

Au rez-de-chaussée du palais Kinský, le père de Franz Kafka, Hermann, a tenu une mercerie à partir de 1912. Le jeune Franz, lui, a fréquenté l’école allemande au 2ème étage entre 1893 et 1901. C’est aussi, moins réjouissant, du balcon de ce palais Kinský (qui appartient lui aujourd’hui à la Galerie Nationale) que Klement Gottwald, en février 1948 et alors premier ministre, a annoncé la volonté d’édifier le socialisme en Tchécoslovaquie ouvrant la voie à une longue période de 40 ans de totalitarisme dans le pays (inutile de vous dire que le prénom Klement n’est pas populaire en Tchéquie ! Je n’en ai jamais rencontré un 😂).

D’autres maisons de la place de la Vieille-Ville ont de superbes façaces surtout côté sud. Ces hôtels particuliers rappellent l’essor de la ville aux 18ème et 19ème siècle. Les façades sont richement décorées dans les styles Renaissance, baroque et classique. Vous avez la Maison Štorch de style néo-Renaissance au n°16 avec la représentation de Saint-Venceslas sur son cheval (peinture de la fin du 19ème siècle) ou, plus loin, la Maison À la minute (Dům U Minuty) au n°3 avec ses sgraffites Renaissance qui représentent parfois des scènes de la Grèce antique. Comme l’histoire de Franz Kafka est intimement liée à sa ville natale, sachez que c’est dans cette dernière maison qu’il a vécu avec ses parents de 1889 à 1896 ! De de très nombreuses façades et immeubles ont d’ailleurs une petite histoire et les maisons portent de jolis noms : maisons À l’oie bleue, Au Renard Roux, Au Chameau d’or, À l’agneau de pierre, À la licorne blanche… Autant d’enseignes qui permettaient de se repérer avant la numérotation des rues. Si cela vous intéresse, vous trouverez plus de détails sur ces maisons sur cette page de l’office du tourisme de Prague.

En vue d’un assainissement à la fin du 19 ème siècle, un grand nombre de maisons dans la partie nord de la place et du ghetto juif ont été démolies. Une nouvelle rue a été créée permettant de voir la colline de Letná, cette rue est dénommée rue Pařížská (ou rue de Paris) depuis 1926. Regardez bien depuis la place dans l’axe de cette rue, vous verrez au sommet de la colline un métronome rouge (sous le communisme se trouvait à la place une gigantesque statue de Staline dont vous retrouverez l’histoire dans cet article). Prenez la rue Pařížská, c’est la plus chic de Prague et les façades sont superbes : à gauche, le quartier juif et tout droit un superbe pont qui vous conduit directement au sommet de la colline pour le plus beau panorama sur Prague (notamment du beer garden de Letná aux beaux jours).

Une guerre de religions intimement liée à l’histoire de la place de la Vieille-Ville

La place de la Vieille-Ville abrite aussi depuis 1915 le monument (statue Art nouveau) du réformateur chrétien Jan Hus, inaugurée pour le 500ème anniversaire de sa mort (convaincu d’hérésie, il est mort sur le bûcher en 1415 suite au concile de Constance). Cette statue symbolise la Réforme protestante et l’indépendance nationale face à l’absolutisme des Habsbourg. Mais que voulaient les Hussites du 15ème siècle ? Une Église plus spirituelle et pauvre (alors qu’elle détenait un tiers des terres du royaume et que les écclésiastiques étaient riches), la liberté du prêche, la punition des péchés mortels pour tous et, plus surprenant, autoriser les communiants à boire le vin au calice (ce qui était réservé aux seuls membres du clergé !) Ces idées plaisaient à la haute noblesse qui y voyait la possibilité de s’attribuer les biens ecclésiastiques. Quelques années après la mort de Jan Hus, en 1419, a lieu la défenestration de Prague. Le nouveau roi de Bohême ne voulant pas entendre parler de réforme, s’ensuivirent des guerres hussites dans tout le royaume jusqu’en 1458, quand hussites et catholiques s’entendent pour élire le roi Georges de Poděbrady.

Le hussisme et son interprétation ont joué un rôle très important dans l’historiographie tchèque au 19ème siècle. Il explique aussi les rapports conflictuels entre les communautés tchèques et allemandes en Bohême et en Moravie par la suite.

Plus tard, en 1620 et à côté de Prague, la célèbre bataille de la Montagne blanche voyait l’écrasement des armées des Etats protestants de Bohême par les troupes catholiques de Ferdinand à la tête du Saint-Empire. Une défaite pour les protestants tchèques suivie de la dépossession des biens des bourgeois et des citoyens au profit de la noblesse et de l’Église. Pour ne rien arranger, la bataille sera suivie, le 21 juin 1621, de la pendaison devant l’hôtel de ville de la place de la Vieille-Ville (voir plus bas) des 27 participants principaux de la révolte des nobles tchèques (qui étaient alors emprisonnés à l’hôtel de ville) contre le pouvoir impérial des Habsbourg. La place de la Vieille-Ville a de tout temps été le théâtre d’évènements tragiques !

Jusqu’au 19ème siècle, la défaite à la bataille de la Montagne blanche est donc pour les Tchèques le symbole du début de ce qu’ils considèrent comme l’asservissement de la nation tchèque aux Habsbourg catholiques. Bien plus tard, les décrets Beneš de 1946 et l’expulsion des Allemands des Sudètes sont un peu aussi la conséquence directe de ce conflit initial entre réformateurs hussites et catholiques.

Une « guerre de religion » sanglante qui explique aussi (en plus de l’apport idéologique du marxisme par la suite) pourquoi la Tchéquie se revendique comme le pays le plus athée d’Europe. Paradoxal dans la « ville aux cent clochers » !

Depuis l’expulsion des Allemands des Sudètes, les rapports de la société tchèque avec la minorité allemande semblent réglés. Par contre, avec l’Église catholique, ils restent distants. En témoignent les débats et les procès à haute teneur symbolique sur la restitution des biens confisqués par les communistes en 1948 (faut-il rendre à l’Église les immenses domaines qu’ils possédaient mais aussi la fameuse cathédrale Saint-Guy nationalisée en 1954 et qui se trouve au Château ?)

Maintenant, deux choses insolites place de la Vieille-Ville : la colonne de la Vierge et les croix dessinées sur les pavés

En 1650 est érigée par l’empereur Ferdinand III une colonne de la Vierge suite à la libération de Prague occupée par les Suédois lors de la Guerre de Trente ans. Lors de cette guerre, la population implorait la Vierge de l’aider dans son combat contre l’envahisseur. C’est une des premières constructions baroques à Prague et elle rendait hommage à la légion mariale formée de bourgeois, d’artisans et d’étudiants qui constituaient le noyau des défenseurs de la ville. Sur un piédestal entouré d’une balustrade, il y avait quatre Anges combattant des diables. La colonne, haute de 6 mètres, était couronnée, au sommet, par la statue de la Vierge Immaculée. Le sculpteur, Johann Georg Bendl, était le sculpteur de la Contre-Réforme et du pouvoir jésuite.

La colonne restera en place jusqu’au 3 novembre 1918 soit quelques jours après la naissance de la République tchécoslovaque. Aidés par un camion de pompiers et malgré l’intervention de riverains, la foule en liesse de patriotes tchèques met alors à bas cette colonne mariale baroque, symbole (peu-être à tort) de la monarchie disparue, du catholicisme des Habsbourg et de la Contre-Réforme catholique victorieuse des Etats tchèques protestants à la Montagne blanche. En 1915, avait aussi été édifiée en face de la colonne mariale et non sans provocation, une statue du prédicateur Jan Hus (voir plus haut). Les deux monuments ne coexisteront que 3 ans avant d’être de nouveau réunis en 2020 (entre temps, l’Eglise catholique a fait construire douze églises dans les nouveaux quartiers de Prague rappelant les douze étoiles qui couronnaient la tête de la Vierge).

Une Société pour le renouveau de la colonne, fondée en 1990, s’est longtemps battue pour qu’une copie fidèle de la colonne de la Vierge Immaculée soit installée, voyant dans cette reconstruction un acte de réconciliation, de vivre-ensemble et de tolérance. En 1993, la première pierre de la colonne a été posée sur la place de la Vielle-Ville pour marquer le lieu où elle se trouvait et des travaux de copie ont débuté en 1997 d’après des fragments originaux (les travaux dureront 15 ans). Les parties de la statue disparues à jamais (bras, hanche, épaule) ont été modelées d’après des photographies et le sculpteur, bénévole, s’est aussi chargé de la tâche périlleuse de tailler la tige même de la colonne de 6 mètres de hauteur. Une immense pierre de taille en grès a été trouvée en Inde et transportée à Prague à bord du navire des frères Forman, fils du célèbre cinéaste et qui ont transformé un ancien remorqueur en scène de théâtre. La colonne mariale a été réinstallée en 2020 (sans les anges d’origine) suite à une autorisation de la mairie (après deux refus). Elle met un terme, près de 80 ans après sa destruction, à 30 ans de polémiques, de pétitions et de manifestations de catholiques d’un côté et de protestants de l’autre.

Deuxième monument insolite : les croix blanches au sol à côté de l’hôtel de ville

Sur les pavés de la place sont indiqués le lieu d’exécution des 27 seigneurs de Bohême (1621) mentionnés plus haut. 27 croix blanches sont marquées au sol à côté de l’hôtel de Ville de la Vieille-Ville en l’honneur des 27 chefs de la révolte des Etats tchèques contre les Habsbourg. Décapités par le bourreau de la ville, le matin du 21 juin 1621, ce dernier a utilisé pas moins de 4 épées ! Les têtes des opposants ont ensuité été exposées en haut de la tour Est du pont Charles. C’est l’empereur Ferdinand II de Habsbourg qui avait ordonné leur exécution pour envoyer à l’Europe un message fort de reprise en main de ces terres tchèques rebelles depuis le réformateur Jan Hus deux siècles auparavant. La liberté de confession garantie par la Lettre de Majesté de 1609 est supprimée, la Contre-Réforme s’intensifie, la germanisation progresse, le droit des Habsbourg au trône de Bohême devient héréditaire et un patrimoine important passe des mains de la noblesse tchèque à celles de de petits nobles catholiques de souche allemande notamment.

Vous retrouverez les croix au sol en contournant l’horloge par la droite. Et pour mettre le point final à un événement douloureux de l’histoire tchèque, la construction d’un monument à la mémoire des 27 seigneurs tchèques exécutés sur la place de la Vieille-Ville est aussi envisagée. Ce monument serait le symbole de la résistance contre les Habsbourg et l’élément catholique étranger aux pays tchèques protestants et il constituerait un contrepoint à la colonne, symbole du culte marial catholique. L’Histoire n’est jamais finie !

8 Comments

  1. Bonjour
    Nous venons 5 jours à Prague du 21 au 26 avril.
    Connaissez-vous des guides qui parlent français et les prix qu’ils pratiquent pour une visite de la vieille ville et/ou d’autres lieux emblématiques de Prague?
    Cordialement
    Et merci pour ce blog très riche et intéressant

  2. Bonjour,
    Pour commencer je voulais vous remercier pour votre blog sur lequel je suis tombée par hasard en allant à Prague, c’est une vrai pépite et nous avons suivi vos recommandations pendant notre week end il y a quelques jours ; vieille ville, pont Charles , quartier de Vysehrad et de Mala Strana . Nous avons également suivi vos recommandations pour le café Savoy (intérieur magnifique) et le restaurant Mincovna (menu délicieux). Ce séjour fut inoubliable et nous n’avons qu’une seule hâte y retourner.
    Marie

    1. Bonjour Marie et merci pour ce très gentil retour. Oui, les deux établissements que vous avez fréquenté sont des valeurs sûres ! Et beaucoup retournent à Prague. Il faut que vous voyiez la ville en juin ou au cœur de l’été, c’est alors une ville plus qu’agréable. Bien à vous

  3. Bonjour, tout d’abord merci beaucoup pour votre blog qui nous apporte énormément puisque nous allons découvrir la belle ville de Prague du 28 décembre au 02 janvier. J’avoue être un peu inquiète car j’ai lu à plusieurs reprises que les marchés de Noël étaient annulés, que les restaurants et bars fermaient à 22h ce qui n’est pas l’idéal lorsque l’on vient y fêter le jour de l’an. Qu’en est-il réellement? Les bars seront-ils vraiment fermés à 22h le 31 décembre?
    Je ne suis pas une angoissée du Covid mais j’aimerai savoir comment est la situation sanitaire en République Tchèque?
    Je vous remercie vivement pour toutes les infos que vous nous donnez et vous souhaite une bonne journée
    Karine Lebey

    1. Bonjour Karine, hormis le marché de Noël où on ne passe qu’une fois lors d’un séjour à Prague (et il y en a 2 ou 3 petits d’ouverts) et le fait que bars et restaus ferment à 22h, tout fonctionne normalement et les touristes français trouvent l’atmosphère beaucoup plus cool et détendue à Prague qu’en France. Donc oui, la ville est très animée rassurez-vous ! Honnêtement, tout va bien et la situation sanitaire s’améliore depuis 10 jours consécutifs maintenant. Tout est à jour dans cet article. Bien à vous,

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